Homme pour Homme (La Comédie de Reims)
Homme pour Homme
Le titre intrigue, la question que pose la pièce : « Que reste t-il d’un Homme si on lui enlève ses papiers, son nom, son identité ? » aussi.
La pièce a été écrite par le célèbre dramaturge Allemand Bertolt Brecht avec en toile de fond la monté du nazisme.
Mise en scène par Emmanuel Demarcy –Mota, directeur de la Comédie pendant 6 ans, et muté au théâtre de la ville à Paris.
Le programme de cette soirée à la Comédie de Reims s’annonçait donc chargée. Et c’est dans une salle complètement comble que la lumière s’est éteinte et que les acteurs sont arrivés sur la scène.
Homme pour Homme, c’est avant tout l’histoire d’un Homme, Galy gay, un docker simple d’esprit.
Un jour ce fameux Galy Gay part, sous les ordres de sa femme, acheter un poisson. En parallèle quatre soldats dévalisent un temple sacré et l’un d’entre eux reste malencontreusement prisonnier. Ses trois compagnons vont vouloir le remplacer avant l’appel du soir et bien-sûr vont tomber sur…Galy Gay !
Les trois soldats vont alors modeler l’âme de Galy Gay comme de la pâte à modeler. Il devient Jip, le soldat qu’il faut remplacer ; ne reconnaît plus sa femme ; passe de héros à traitre.
Cependant, le naturel de l’Homme revient au galop, et Galy Gay retrouve son esprit.
« Un Homme est égal à un Homme » nous dit Brecht. Mais le personnage de Galy Gay semble tellement triste et désabusé et ce avant même d’être enrôlé, que nous sommes en droit de nous demander si changer d’identité n’est pas une aubaine pour lui.
Galy Gay, interprété par le fameux Hugues Quester est à la fois terriblement mou et intriguant. Heureusement, la mise en scène très dynamique grâce à l’utilisation de structure (la pagode, le train) faite avec peu de matériel mais terriblement efficace rend la pièce vivante, quoiqu’avec quelques longueurs.
Le reste de la troupe joue vraiment bien, chacun ayant son propre style.
Je reste un peu sur ma faim concernant le fait que Galy Gay ne semblait pas aimer sa vie et donc ne s’est pas opposé à ce changement de personnalité, dommage car le thème est très intéressant. Dans un monde de plus en plus cupide, il est vrai que certaines personnes seraient prêtes à changer de personnalité pour de l’argent, ou du moins une reconnaissance publique.
C’est d’ailleurs ce qu’obtient Galy Gay : il donne un sens à sa vie et devient une machine de guerre.
Le vocabulaire fleuri peut choquer le jeune public, mais dans une pièce traitant d’un sujet aussi sensible et cruciale il est important de ne pas tomber dans le politiquement correct.
Certains acteurs réalisent plusieurs personnages dans la pièce, dans une pièce où le mot d’ordre est homme=homme il fût assez risqué de tenter ça. Le risque était de confondre les acteurs mais n’était-ce pas le but pour nous démontrer qu’homme=homme ?
J’ai pour ma part peu aimé la pièce en elle même, trop longue, et Hugues Quester trop mou. Certes la mise en scène est particulièrement réussi et très vivante, mais dans l’ensemble la pièce pourrait être raccourcie.
Ce fut la troisième fois que j’allais à la comédie, mais je reste toujours impressionné par la mise en scène de Gênes 01. Du pur génie.
Cependant le sujet de la pièce m’a interpellé, puis intéressé.
Après recherches, l’histoire se situe en 1926. 80 ans après, le sujet reste d’actualité. Les guerres sont menées par quelques influenceurs, la base elle, est malléable telle une pâte à modeler.
C’est là qu’est à mon sens, la vraie beauté du théâtre : il nous fait réfléchir. J’aime les pièces engagées, et c’est donc pourquoi je n’ai pas un avis négatif, mais plus que la pièce c’est le sujet qui m’a plu.
N.B. : Un court extrait de la pièce est disponible ici.
Copyright Camille Jung (sauf pour les photos). Toutes reproductions partielles ou totales interdites.

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